Fugue: Apportez votre cellulaire

Que faire un samedi soir quand on est musicien? Aller en répétition naturellement.

Dans ma grande étude sociologique sur les moeurs des musiciens, après un prélude agréable chez Quasar, je me suis rendue à la répétition générale du concert « Apportez votre cellulaire », création de Walter Boudreau et Yves Daoust à l’Église Saint-Jean-Baptiste.
Le concert a nécessité 2 compositeurs, 1 chef d’orchestre, 1 petit ensemble avec clavecin, 1 grand orgue, 12 assistants-chefs d’orchestre, une équipe technique armée jusqu’aux dents, une panoplie de lumières décoratives, des micros plantés un peu partout dans l’église et des hauts-parleurs cachés parmi les statues de saints. Et un très bon coordonnateur.

Même avec ce grand effectif, un membre crucial de l’orchestre était absent: les cellulaires joués par le public. Le suspens à propos de l’effet d’ensemble est toujours complet, autant pour moi que pour les assisants-chefs à qui j’ai parlé. Tous avaient une étincelle espiègle dans les yeux, et hochait de la tête: « Non, aucune idée de quoi ça va avoir l’air… »

Mode d’emploi
Ces assistants-chefs donneront le signal au public/musiciens des cellulaires pour appuyer sur leur sonnerie. Rien de trop compliqué: quand ils pointent du doigt, les cellulaires doivent sonner. Aucune sonnerie trop musicale m’a-t-on précisé, seulement des dring-dring et autres sonneries du genre. Pourquoi 12 assistants pour faire un travail si simple? La salle est divisée en plusieurs sections chacune dotée de son propre chef. Chaque division sonnera à différents moments… peut-être entendra-t-on des fugues cellulaires? Je ne sais pas, mais je croise les doigts!

À la tête de l’entreprise, Walter: perché sur son tabouret, l’air un peu caporal, une oreillette littéralement collée à l’oreille avec du gros tape noir et les légendaires basquettes rouges aux pieds. Devant lui se trouve un petit ensemble d’instruments à vent et clavecin joué par Geneviève Soly. Derrière lui, le magnifique orgue de Saint-Jean-Baptiste qui sera joué demain par Jean-Willy Kunz.

Musiques
Boudreau et Daoust ont composé une musique très néo-baroque (si approprié dans une église ornée comme l’est Saint-Jean-Baptiste!) avec des tournures contemporaines – dissonnances, techniques compositionnelles contemporaines, sons préenregistrés, etc. Le contraste entre le vieux et le nouveau est partout. Le mélange entre les styles musicaux baroque et contemporain, entre le rococo de l’église et les installations de la régie, entre instruments d’époque et cellulaires dernier cri: tout indiquerait le clash total.

 

Et pourtant c’est tout le contraire. « La musique baroque et la musique contemporaine sont très similaires » m’a déjà dit le jeune compositeur Maurice-G. Du Berger. « Elles sont toutes les deux folles et éclatées ». Cette pièce en sera la preuve irréfutable.

Je fredonnais gaiement par moment, je sautais de mon banc d’église par d’autres, je vibrais en unisson avec les graves majestueux de l’orgue et mon imagination inventait des grandes fugues téléphoniques… il est 5h du mat et j’y pense toujours. Trop tard, je ne dormirais pas ce soir: Walter et Yves m’ont conquise!

Apportez votre cellulaire, dimanche 20 février à 14h
Église Saint-Jean-Baptiste (309 rue Rachel, angle Henri-Julien)
Entrée libre (en plus c’est gratuit!!)

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3 responses to “Fugue: Apportez votre cellulaire

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