Archives de Catégorie: Festival MNM 2011

Ce n’est qu’un au revoir…

La cinquième édition du festival Montréal/Nouvelles Musiques vient de se terminer. Je retrouve le petit livret bleu du festival qui m’a servi de guide tout au long des derniers jours: il se trouve maintenant ravagé par mes coups de stylos, taches de café, déchirures. Aujourd’hui, il rend l’âme, mais n’ayez crainte: il a vécu une belle vie.

Du 18 au 26 février 2011, les spectateurs en ont vu de toutes les couleurs et en ont eu pour tous les goûts. Bravo à tous ceux qui y ont participé et à l’équipe de la SMCQ.
Voici un petit récapitulatif vidéo avec les photos que j’ai prises pendant le festival, sur un extrait de Pléiades de Xennakis, joué par l’Ensemble Sixtrum.

Le décompte est déjà lancé pour la prochaine édition du festival Montréal/Nouvelles Musiques en 2013!


Sixtrum sort l’artillerie lourde

Ceux qui pensent que les percussionnistes, ça tape délicatement du triangle vont être déçus en allant voir le dernier concert du festival Montréal/Nouvelles Musiques le 26 février à la salle Pierrre-Mercure. Les percussionnistes de Sixtrum ont de l’âme dans le corps. Parfaitement synchro, ils respirent, se déplacent, se regardent et jouent en parfaite symbiose.

Je les ai écoutés jouer les Cinq Chansons pour percussions de Claude Vivier en répétition, oeuvre méditative des dernières années du compositeur. Intemporel. Sublime.

« (Vivier) a vraiment trouvé des super belles sonorités à mettre ensemble. Le grave du marimba (…) avec les timbales et les gongs ensemble, ça fait… bhhvvvhh » me décrit Sandra Joseph en entrevue, imitant les vibrations intenses et voluptueuses que crée l’orchestration.

Sixtrum est un ensemble de 6 percussionnistes, Joao Catalao, Julien Grégoire, Philip Hornsey, Kristie Imbrahim, Sandra Joseph et Fabrice Marandola, en plus du septième membre fondateur  Robert Leroux qui semble maintenant jouer le rôle de parrain à l’Ensemble.

Sixtrum ouvre et ferme le festival MNM
Le premier concert du festival dans lequel ils ont participé « La vie qui bat » (avec Sixtrum et O Vertigo), alliant la chorégraphie de Ginette Laurin et la musique de Steve Reich, a été un moment inspirant pour les musiciens, me dit Sandra Joseph: « (Les danseurs) ont vraiment donné une autre vision de la pièce. Nous, on conte la pièce d’une certaine façon; eux, ils la content autrement. » O Vertigo, « c’était une bonne gang », ajoute Joao Catalao.
Pour le concert de ce soir, ils s’allient avec le Nouvel Ensemble Moderne, avec Lorraine Vaillancourt à la direction, pour une pièce de Denis Gougeon: Un train pour l’enfer. Joao me conte la petite histoire derrière cette alliance: « Ce projet, ça fait vraiment des années qu’on voulait le faire » – avant même la naissance de Sixtrum. Avec la formation de l’ensemble, le projet a encore été mis de côté. « Cette année, finalement, ça a marché » dit Joao, l’air heureux de finalement pouvoir donner vie au projet qu’ils ont porté pendant longtemps.

La répétition de Sixtrum achève. Julien Grégoire signale à l’ensemble la reprise d’un passage: « Cette fois-ci plus aérien, plus spatial… plus gouteux ».

Aucun doute que l’Ensemble Sixtrum et le NEM seront succulents ce soir.

« Un train pour l’Enfer« 
26 février 19h, salle Pierre-Mercure
Nouvel Ensemble Moderne (NEM)
Ensemble Sixtrum

Coproduction NEM et MNM


Ce soir à Orchestre 21… canon d’aujourd’hui et de demain!

Ce soir vous avez envie de rentrer dans vos pantoufles contemporaines d’oeuvres délectables connues et reconnues? Besoin d’explorer le canon de la musique contemporaine?

L’orchestre 21, jeune orchestre de Paolo Bellomia et Ron di Lauro, nous propose un concert d’oeuvres de Serge Garant, Ligeti, Leroux et Evangelista.
Garant et Ligeti n’ont pas besoin d’introduction. La renommée locale sinon canadienne d’Evangelista n’est plus à faire. J’ai pu parler au soliste Wallace Halladay de la pièce de Philippe Leroux, compositeur français que les McGill-ois ont accueilli comme professeur invité entre 2005 et 2006 et que l’Université de Montréal a ensuite reçu parmi les siens en 2009.

Leroux, compositeur né en France, prend le temps de former l’interprète à sa musique. Peut-être parce que ses demandes sont quelques fois tellement loufoques… Wallace Halladay en sait quelque chose: il va jouer la pièce pour saxophone « L’unique trait de pinceau » ce soir et connait l’homme et ses compositions très bien. L’interprète me confie en riant toutes les demandes techniques de la pièce: « Ce qu’il veut n’est pas toujours possible! » me dit Halladay. Leroux explore les sons et utilise les instruments de façon non-traditionnelle: c’est dans cette expérimentation qu’on s’aperçoit de la limite de la manière traditionnelle de noter la musique… La poésie de la pièce ne s’y trouve pas indiquée et pourtant elle y est – l’oreille vous le dira!

On est bien rendu à une impasse générale de notation en musique contemporaine: toutes sortes de notations diverses et distinctes voient le jour. Voyez les partitions de Jean-François Laporte au Salon des Nouvelles Musiques, qui tentent de faire ressortir l’éloquence sonore de façon visuelle.

Mais toutes ces difficultés d’interprétation semblent valoir la peine: Wallace Halladay affirme, sur de lui, que Leroux entrera dans le panthéon de la musique contemporaine. Grande affirmation qui me donne de l’appétit.

Concert canon contemporain et concert découverte ce soir!

Orchestre 21
Salle Pierre-Mercure, 19h
Wallace Halladay, saxophone
Jean-Fabien Schneider, piano
Orchestre 21, dir. Paolo Bellomia

Vous trouverez ici un vidéo de Leroux qui explique une de ses pièces « De la vitesse » joué par l’Ensemble Sixtrum.
L’Ensemble Sixtrum joue lui-même dans un des concerts de fermeture du festival demain!


Walter rockera ce soir avec DJ P-Love

J’ai l’impression d’incarner mes parents quand je regarde les prochains concerts du festival. « On en est à inviter des DJ maintenant dans la salle de concert? »

Belle initative de la part des organisateurs: n’est-on pas effectivement dans une ère de popularité des DJ?
DJ P-Love travaille depuis un moment avec Nicole Lizée, compositrice qu’il va interpréter ce soir – ils ont étudié ensemble dans le programme de musique à McGill. Jeune trompettiste, il quitte le monde acoustique pour la pratique des tables tournantes ayant été inspiré, comme beaucoup de jeunes dans les années 90, par les DJ Kid Koala et A-Track en intégrant toute l’éducation musicale qu’il a reçue à McGill à son jeu de DJ.

Un DJ dans un ensemble, ça joue quoi? Un peu de Van Halen, de Barbara Streisand, de Duran Duran. Pour ceux qui ne sont pas des fans de cette musique pop rock, le tout est adroitement intégré aux sons acoustiques des musiciens traditionnels. Loin d’être un concert opposant technologie nouvelle et sons traditionnels, DJ P-Love se voit plutôt comme les cymbales qui ponctuent le concert.

De sa belle voix chaleureuse de l’autre bout du fil, Paolo Kapunan, de son vrai nom, m’explique que la décision de se mettre aux tables tournantes a été difficile pour ses parents – je ne pense cependant pas qu’il le regrette, et nous non plus!

La République
25 février, 19h Salle Pierre-Mercure


Alexia, le Sensualiste de la musique et le Musicolateur

J’ai presque honte de faire suivre un billet sur le génie de Purform et de leur concert White_Box par un texte sur ma propre composition électro sur le Musicolateur.

Le Musicolateur est une tablette avec une simple interface contenant des sons préenregistrés qui sert à encourager la composition et la créativité musicale. J’avais promis, dans un billet précédent, d’en faire le test et de mettre le résultat sur le blogue. Mais je n’y suis pas allée seule: pour tester la compétence de nos jeunes compositeurs de relève, j’étais accompagnée de Frédéric Chiasson, un des compositeurs qui nous a donné Bungalopolis, l’opéra-cabaret.

Je sais d’ores et déjà que la musique électronique (tel que le fait le Musicolateur) n’est pas du tout dans le langage musical normal de Frédéric Chiasson: Il se nomme lui-même le Sensualiste de la musique.
Loin de supposer évoquer l’image d’un Don Juan louche, « sensualiste » décrit un style de composition qui plait à l’oreille: « C’est ce que révèlent mes sens qui m’intéresse », dit Frédéric. Il étudie les traités orchestraux du 19e siècle pour pouvoir en extraire les secrets et les utiliser dans ses propres compositions – sans toutefois délaisser la recherche de renouveau du langage musical.

Devant le Musicolateur, un gros sourire se dessine sur ses lèvres. « C’est très drôle! Je ne sais pas si ça va faire de la bonne musique…» Moi, je sais en tout cas que ça va être comique de prendre sur le vif un compositeur devant un nouveau mode de composition. Voici, en images et en sons, un extrait de notre enregistrement avec le Musicolateur, et nos fou-rire qui l’ont accompagné.

Les prochains concerts du Festival qui intéressent Frédéric? « J’aime beaucoup ce que fait Sixtrum… Et Urnos a l’air pas mal aussi – pour son côté mythologique, théâtral. » Peut-être allez-vous le croiser à l’un des concerts d’Urnos, le 22, 23 et 24 février ou encore au concert de fermeture du Festival avec le NEM et Sixtrum, le 26 février?

Ou encore au concert « La République » ce soir 19h à la salle Pierre-Mercure?
Ou a-t-il été piqué par la mouche du Musicolateur et se trouvera-t-il aux concerts de White_Box du 23 au 26 février?

En tout cas ce soir: grosse soirée pour le Festival MNM!


Coup de coeur du festival MNM: White_Box acquiert une groupie

Le festival MNM c’est comme une vieille amie qui te passe un CD d’un groupe underground en te disant: « Écoute ça, c’est vraiment trop bon ». Quelques années plus tard tu te rends compte que ce même groupe inconnu est devenu le band le plus cool du moment. Il y a une certaine fierté à savoir que tu es groupie depuis le début.

J’ai officiellement postulé au poste de groupie du groupe PURFORM, duo formé de Yan Breuleux et Alain Thibault.


À en croire par le nombre de gens qui discutaient après le concert toujours assis à leur siège, je ne suis pas la seule. J’ai parlé à un groupe de jeunes , qui me confirme leur enthousiasme.  « Faut pas chercher à comprendre, ça gâche l’effet » confie Marie Clouâtre, en se référant à l’importance des sens (et non de l’intellect) dans le concert de Purform… Mais: « L’atmosphère va rejoindre tous les gens » me dit Jean-François Clermont, designer graphique. Quelle atmosphère? Celle de l’intemporel  semble la réponse commune.

Le concert/spectacle/expérience visuello-sonore du duo était effectivement une expérience riche, sensuelle, vibrante, vivante, hypnotique et humaine… je ne peux pas arrêter d’en dire du bien: je me suis même arrêtée au Salon des Nouvelles Musiques pour dire à François, le responsable, qu’il devait absolument voir ça.

Thibault et Breuleux sont les concepteurs de l’événement White_Box. Le spectacle se passe devant un triptyque de grands écrans installés au fond de la scène de la 5e salle de la Place des Arts. Les deux, chacun à leur ordinateur et tablette numérique installés de part et d’autre de la salle, manipulent leurs instruments. Leurs doigts graciles au clavier produisent un son d’ambiance d’une série de clips déjà préenregistrés, parfaitement marié à l’image abstraite superbement esthétique. « En additionnant les deux (son et image), il y a une unité qui ne vient ni de l’un ni à l’autre », confirme Breuleux. C’est la symbiose, me dit-il, qui fait vivre le médium.

Ils apportent à la technologie toute la chaleur qu’il lui manquait auparavant. « La technologie n’est pas plus froide qu’un violoncelle! » rétorque Breuleux à cette observation, « Il faut savoir quoi en faire. »

Et voici ce qu’ils en ont fait: une synthèse gracieuse d’images et de sons. Résultat: un monde dans lequel l’auditeur est entraîné.

De plein gré.

White Box (teaser) from Alain Thibault on Vimeo.
White_Box
24-25-26 février
La 5e salle de la Place des Arts
Spectacle de Purform (Yan Breuleux, Alain Thibault)


Urnos: rite d’un peuple ancien au festival MNM

Je n’ai jamais entendu parler du peuple urnossien, peuple d’il y a 5000 ans. Je pensais qu’il devait y avoir plus d’imagination artistique que de preuves scientifiques à la base du spectacle Urnos, qui dit pourtant s’appuyer sur la recherche.

J’ai eu tort de me méfier: voici mon mea culpa.

1h avant la représentation, je me faufile dans la salle d’exposition où sont exposés des artéfacts urnossiens. Baignant dans une musique atmosphérique et méditative, j’observe les figurines et urnes qu’a laissé derrière lui ce peuple et je spécule sur leurs origines. Premier temps de titillation… Ces Urnossiens existent-ils donc? Je demande un billet pour voir le concert et la conférence.

Un court exposé de Michel Rochon précède le concert: on nous explique l’histoire incroyable de la révélation de ce peuple matriarche pour qui la musique était d’une grande importance dans les rites. Les lumières s’éteignent.

Je veux en savoir plus : je reste pour le spectacle.

Je glisse ensuite dans la mythologie de ce peuple. La narration reste floue: il s’agit d’un rituel entre prêtresse et femme-bélier. Les costumes sont sobres, mais théâtraux, la danseuse-bélier travaille les petits gestes et les poses angulaires primitives. Les musiciens sont acteurs de la cérémonie et leurs instruments semblent fantasmagoriques, mais, nous dit-on, proviennent d’études des figurines d’Urnos. La musique, composée pour ces anciens instruments est inspirée du peuple d’Urnos (à quelle échelle? mystère…) et signée par André Hamel, qui est aussi l’un des concepteurs du spectacle avec Guy Laramée, Martine Beaulne et Claire Gignac.

Pourquoi l’attirance pour ce spectacle? Je suis convaincue que nous avons presque tous un appétit vorace pour les histoires mythologiques et pour les découvertes qui nous font rêver à des peuples qui n’existent plus. Urnos entr’ouvre la porte et nous laisse voir et entendre un peuple dont la mémoire a presque disparu.

Je ne sais toujours pas ce qui était choix artistique et ce qui était véritable recherche scientifique. Sûrement que l’un alimentait l’autre, mais le doute, l’émerveillement et le mystère qui cache les limites du vrai et de l’imaginaire plonge l’auditeur dans ce rite primal.

Oui, les deux parties de mon cerveau sont rassasiées après un tel spectacle: après avoir entendu et vu toutes les preuves scientifiques qui viennent intéresser le côté droit de mon cerveau, le côté gauche prend le dessus en fin de spectacle et je me laisse plonger dans le monde mi-factuel, mi-imaginaire, mais complètement envoûtant du peuple d’Urnos.

 

 

Urnos (Agora de la danse)
22- 23- 24 février 2011
21h

Compositeur: André Hamel
Musiciens: Claire Gignac, Patrick Graham, Élise Guay, Pierre Langevin, Liette Remon
Soprano: Frédérike Bédard
Danseuse: Geviève Martin
Chroniqueur scientifique: Michel Rochon
Facteur d’instrument: Nicolas Gerardin
Anthropologue: Bernard Arcand

Produit par La Nef, MNM et Espaces Sonores Illimités